Aziru (-1350)

AZIRU


Chronologie

-1400 à -1300
Au milieu du XIVe siècle, Aziru devient roi d'Amurru (LM, 476). En effet, Abdi-Ashirta a au moins trois fils, mais l'un d'eux, Aziru, prend rapidement le pas sur ses frères. Aziru reprend en tout point la politique de son père. Comme son père, il est avide de butin et de pillage, mais contrairement à lui, il ne se contente plus du titre de "chef des Amorrites" qui ce dernier a porté, il veut être reconnu comme roi d'Amurru par le pharaon. Akhenaton (LM, 473), qui règne de -1352 à -1336 (EP, 368; LM, 433), qui devient pharaon en -1352 en tant que Amehotep IV et devient Akhenaton en -1347 (EP, 803), est vraisemblablement conscient de ce moyen de pression qu'il détient maintenant contre un Aziru avide aussi de légitimité. L'arrivée en Syrie du Nord de Suppiluliuma I (LM, 473), qui règne jusqu'en 1322 sur le Hatti (LM, 1002), bouleverse la situation en place en Amurru. Aziru demande l'aide égyptienne face à l'avancée des Hittites, mais en même temps il semble rapidement estimer que les Hittites peuvent être un soutien plus solide que les Egyptiens. Aziru prend contact avec eux, ce qui sera considéré plus tard par les Hittites comme un acte de soumission. C'est peut-être à ce moment qu'Aziru extorque à Niqmadu II d'Ougarit 5.000 sicles d'argent (LM, 473). En effet, lorsque les armées hittites de Suppiluliuma I approchent d'Ougarit, Aziru d'Amurru, qui cherche alors à étendre son influence et son emprise territoriale, obtient de Niqmadu II qu'il lui verse 5.000 sicles, soit environ 41 kg, d'argent en échange de sa protection militaire (LM, 461). La reconstitution des évènements est aujourd'hui difficile car les lettres d'El Amarna qui les documentent ne sont pas datées. Actuellement, les spécialistes peinent à saisir la part que les Hittites prennent dans les raids d'Aziru, mais ce qui paraît sûr, c'est qu'à cette date, l'objectif de Suppiluliuma I est de mettre à bas le Mittani et non d'entrer en guerre avec l'Egypte (LM, 473).

Une quinzaine d'années après que les armées d'Amenhotep III ont brisé les efforts d'Abdisharta pour s'imposer en Syrie, le fils de ce dernier, Aziru, reprend à son compte la politique expansionniste de son père. La série de plaintes qu'adresse le roi de Byblos, Rib-Haddi, à Akhénaton, pour dénoncer son voisin, permettent de suivre l'évolution de la situation avec une certaine précision. Contrôlant les villes d'Irqata, Oullaza et Ardata, Aziru et ses frères décident d'assiéger la place-forte égyptienne de Simyra (Sumur). Une alliance avec la cité maritime d'Arwad permet en outre de dépêcher sur place une flotte autorisant l'attaque des positions égyptiennes par la mer. Contrairement à son père, Akhenaton décide de ne pas envoyer sur place un corps expéditionnaire. Après un siège de cinq ans, Simyra finit par tomber aux mains d'Aziru, et Paouraâ, le gouverneur égyptien du site, est tué. Fort de ce succès, Aziru emporte ensuite Batrouna. Puis, enfin, Byblos est prise (EP, 378-380). En effet, Aziru assiège Byblos et son roi Rib-Hadda. Pressé par ses proches de se rendre à Aziru, Rib-Hadda finit par quitter Byblos pour se réfugier à Beyrouth où il espère recevoir l'aide du roi Ammunira. Le frère de Rib-Hadda profite de son départ pour livrer ses neveux à Aziru (LM, 474-475).

Depuis Bérythos, l'actuelle Beyrouth, où il trouve finalement refuge, Rib-Haddi appelle à nouveau le pharaon à son secours. La réponse d'Akhénaton est surprenante. S'engageant à veiller à la sécurité de l'ancien roi de Byblos, il lui adresse aussi un reproche en lui disant qu'il est celui qui lui écrit plus que tous les autres chefs. Cette réponse résume la forme de désinvolture qui caractérise la politique d'Akhénaton au Levant. S'il est vrai que Rib-Haddi ne cesse de se plaindre auprès du roi d'Egypte, ses préventions à l'encontre d'Aziru se sont révélées fondées. Face à celui qui a ouvertement défié son autorité au Levant, Akhénaton se contente de réagir par une simple convocation en Egypte. Outre la prise de Simyra et le sort de Byblos, le pharaon entend aussi qu'Aziru rende compte de ses amitiés avec le prince de Qadesh et ses alliés hittites. En réponse, Aziru se dit être victime de calomnies et proclame sa loyauté. Concernant le premier de ces griefs, il soutient que la garnison égyptienne de Simyra avait manifesté de l'hostilité à son encontre. Faussement magnanime, il promet de rebâtir la forteresse qu'il a détruite. Quant à sa prétendue collusion avec les Hittites, il se présente au contraire comme une victime de l'activité militaire de ces derniers au Levant et profite même de cet argument pour surseoir d'un an son voyage en Egypte au prétexte d'une campagne en cours du roi du Hatti en Syrie. Comme gage de sa bonne foi, Aziru propose même d'envoyer un de ses fils en otage en Egypte. Il semble qu'il n'en fera jamais rien. Aziru finit quand même par se rendre en Egypte (EP, 378-380).

Aziru ne se contente plus du titre de "chef des Amorrites" que son père Abdi-Ashirta a porté, il veut être reconnu comme roi d'Amurru par le pharaon. Akhenaton est vraisemblablement conscient de ce moyen de pression qu'il détient maintenant contre un Aziru avide aussi de légitimité. Aziru a déjà repris une grande partie de la côte entre Byblos et Ougarit et s'est emparé de Sumur, ou de ce qu'il en reste après qu'elle a subi un long siège par terre et par mer, quand il est convoqué à la Cour égyptienne. On imagine aisément que les fonctionnaires et émissaires égyptiens au Levant ne sont pas très favorables à Aziru, mais le pharaon cherche certainement à le contrôler plus étroitement, en lui imposant de vive voix ses conditions contre une reconnaissance formelle de son statut royal. Aziru doit d'abord reconstruire Sumur et accepter des inspections régulières (LM, 473). Ainsi, Aziru promet tout ce que les Egyptiens attendent de lui avant de s'en retourner en Amurru (EP, 378-380).

Au cours de son règne, Aziru d'Amurru attaque Qatna, dont le roi est Akizzi. Qatna doit alors faire face à deux attaques, celle d'Aziru mais également celle d'une action combinée entre Aitakkama de Qadesh et les troupes hittites de Suppiluliuma I. Akizzi envoie alors des lettres à Akhenaton, où il insiste sur sa loyauté, où il décrit l'avancée des troupes hittites et surtout où il demande des renforts. Mais les secours n'arriveront pas ou trop tard (LM, 454-456). Akizzi est roi de Qatna à une date inconnue, après Idadda qui est roi de Qatna vers -1335 (LM, 454). Cependant Akhenaton décède vers -1336 (NDR; LM, 475).

Vieux, malade et à bout de forces, Rib-Hadda offre à Aziru une forte somme pour qu'il lui permette de reprendre Byblos. La réponse d'Aziru est aujourd'hui inconnue car les textes sybillins qui renseignent la fin de Rib-Hadda ont reçu des interprétations divergentes. Pour certains, Aziru se montre clément envers son vieil adversaire, pour d'autres, il le fait mettre à mort (LM, 474-475). La mort de Rib-Hadda semble avoir constitué, pour Akhenaton, un épisode de trop dans la longue liste d'insubordinations qu'il reproche à Aziru. Il lui envoie une lettre furieuse où il l'accuse d'avoir agi sans son accord, de lui avoir menti en tout point et de s'être allié avec Aitakkama, le roi de Qadesh, qui, convaincu de l'immobilisme égyptien, a agrandi son territoire aux dépens des possessions égyptiennes. Finalement, il le somme de se rendre en Egypte pour justifier ses agissements. Aziru ne peut plus rejouer la comédie de la soumission qu'il a donnée lors de sa précédente visite en Egypte. Il est allé trop loin et, se souvenant du sort de son père, il n'a sans doute aucune intention de se livrer. Il accepte alors l'alliance qui lui propose le nouvel homme fort dans la région, le roi hittite Suppiluliuma I, avec lequel est conclu un traité qu'il respectera jusqu'à la fin de sa vie. L'Amurru devient alors le vassal le plus méridional de l'Empire hittite (LM, 475). En effet, Aziru rend hommage au roi hittite et à ses alliés. La faible implication d'Akhénaton dans les affaires du Levant achève de pousser les alliés syriens de l'Egypte dans les bras du Hatti (EP, 378-380). Avec l'Amurru, le Levant nord quitte ainsi le giron du pharaon qui ne peut tolérer un tel revers (LM, 475).

Au cours de son règne, Aziru gagne la reconnaissance du Grand Roi hittite et il sera considéré, par la suite, comme le fondateur de sa dynastie par ses successeurs, son fils Ari-Teshub, puis son petit-fils Duppi-Teshub (LM, 476).

Vers -1336, Akhenaton meurt, alors qu'il est entrain de préparer une contre-offensive de grande ampleur pour reconquérir ses vassaux du Levant nord, dont le royaume d'Amurru (LM, 475). A ce moment-là, Aziru est peut-être encore roi d'Amurru, mais il ne l'est peut-être déjà plus (NDR).

Vers -1330, Qatna est détruite et le palais royal incendié. Les auteurs du sac final de la ville sont aujourd'hui inconnus. Les responsables sont peut-être les Hittites, ou les rois de Qadesh ou de l'Amurru, ou Qatna est peut-être tombée sous les coups d'une attaque conjuguée (LM, 456). A ce moment-là, Aziru est peut-être encore roi d'Amurru, mais il ne l'est peut-être déjà plus (NDR).

Après le milieu du XIVe siècle, Aziru laisse vacant le trône d'Amurru. Par la suite, Ari-Teshub, son fils, prend sa succession et devient roi d'Amurru. Il considère Aziru comme le fondateur de sa dynastie (LM, 476).


Sources de l'article

LM : Bertrand Lafon, Aline Tenu, Francis Joannès, Philippe Clancier, Joëlle Cornette (dir.). La Mésopotamie, de Gilgamesh à Artaban. Collection Mondes anciens. Editions Belin, 2017.
EP : Damien Agut, Juan Carlos Moreno-Garcia, Joëlle Cornette (dir.). L'Égypte des pharaons, de Narmer à Dioclétien. Collection Mondes anciens. Editions Belin, 2016.